Samedi 9 octobre 2010 6 09 /10 /Oct /2010 18:33

Introduction

 

 

 

Mots-clef : Pierre Duny-Pétré, campagne de France (1939-1940), 81e RIA, Prisonnier de guerre, évasion d’Allemagne, Occupation à Marseille et Sud est, Résistance à Marseille et Bouches-du-Rhône, AS Armée secrète, Libération de Marseille.

 

V

 

OUS trouverez ici un certain nombre de documents concernant la vie de Pierre Duny-Pétré entre 1939 et 1944. Caporal-chef au 81e RIA, prisonnier de guerre en 1940, évadé en 1942, résistant au sein de L’AS (Armée Secrète) à Marseille aux côtés de son oncle, Jean Pétré (chef régional de l’AS), il est également membre du réseau de renseignement Brick-Phratrie.  Il participe aux combats pour la libération de Marseille en août 1944. Les documents écrits par Pierre Duny-Pétré ou les objets qu’il a laissés, témoignent de ce parcours. En voici la liste que vous pouvez découvrir dans ce blog :

            - Biographie écrite après sa disparition en 2005.

            - Etats de service de P. Duny-Pétré de 1939 à 1944 (résumé synthétique de ses activités).

- «Quelques Basques dans la tourmente, 1939-1945»: captivité, évasion d’Allemagne, arrestation de son oncle, le colonel Pétré par la Gestapo le 4 juillet 1943 (mémoires écrites par  P. Duny-Pétré au début des années 80).

- Le journal de guerre de Pierre Duny-Pétré pendant la Campagne de France (1939-1940).

- Le contenu des archives de Pierre Duny-Pétré sur toute cette période (textes, correspondance, objets, cartes, photos, etc.).

- Bibliographie des ouvrages dont le contenu est lié à celui de ce site.

- Biographie de la vie de Pierre Duny-Pétré en langue basque (par Jean-Louis Davant et Jean Haritschelhar) et en espagnol.

- Plan du blog et liste des illustrations.

L’ensemble est accompagné de nombreuses illustrations (photos et documents).

 

 

g Nota: Ici sur votre droite, vous trouverez une liste intitulé "Articles récents". Au bas de cette liste, vous pouvez cliquer sur "liste complète". Vous affichez ainsi tous les articles du blog et donc accédez à l'ensemble de son contenu.

 

Liens internet:

http://colonel.petre.resistance.marseille.over-blog.com Il s’agit d’un site consacré au colonel Jean Pétré, chef régional de l’Armée secrète à Marseille et oncle de Pierre Duny-Pétré.

 

 

 

 

6Pierre Duny-Pétré, Garazin, 1984.

2-Pierre Duny-Pétré 1984-1


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Samedi 9 octobre 2010 6 09 /10 /Oct /2010 18:33

Biographie de Pierre Duny-Pétré

 

Article paru dans l'hebdomadaire Enbata 

 

q Pierre Duny-Pétré s’est éteint le 24 mars 2005 à Donibane Garazi à l’âge de 91 ans. Abonné à l’hebdomadaire Enbata dès sa création en 1960, il participa à la fondation du mouvement Enbata le 15 avril 1963 à Itxassou, et écrivit dans notre journal de nombreux billets d’humeur et autres « coups de gueule » signés Jon Donipétry. Adhérent du parti politique Euskal Batasuna, il fut ensuite membre d’Abertzaleen Batasuna.  La trajectoire de cet abertzale demeure fort atypique pour quelqu’un de sa génération, dans la mesure où il fut Résistant, puis commissaire de police durant sa vie professionnelle et fit l’objet de menaces et d’une humiliation de la part du ministère de l’Intérieur, pour avoir manifesté lors de l’Aberri Eguna de Mauléon en 1972.

Né le 3 avril 1914 à Saint-Jean-Pied-de-Port, Pierre Duny-Pétré est issu d’une famille de douaniers de Lecumberry et d’artisans de la rue d’Espagne où se trouve sa maison natale, une serrurerie de 1756. Après des études de philosophie où il se passionne pour la pensée stoïcienne, arrive la deuxième guerre mondiale. Quelques mois avant qu’elle n’explose, son régiment de Chasseurs alpins accueille à Argelés, dans les conditions lamentables que l’on sait, l’armée républicaine qui vient de perdre la bataille de l’Ebre, vaincue par les soldats de Franco, Hitler et Mussolini. Cet épisode déterminera ses engagements ultérieurs. 

Prisonnier de guerre lors de la bataille de la Somme, il s’évade d’Allemagne en juin 1942 dans des conditions rocambolesques, après cinq tentatives infructueuses (1). Ses parents sont au Congo-Brazzaville où son père sera révoqué par Vichy, la maison Hegitoa qu’ils viennent de construire au quartier Eyheraberry de Saint-Jean-Pied-de-Port est occupée par les soldats de la Wehrmart. Il rejoint les rangs de la Résistance à Marseille, dans l’Armée Secrète, il sera le second de son oncle, le colonel Jean Pétré qui dirige alors la région Sud-Est de l’AS. En juillet 1943, Jean Pétré sera arrêté par la Gestapo, puis déporté à Büchenwald. Puis Pierre Duny-Pétré fera partie du réseau Brick-Phratrie dépendant du BCRA (Bureau central de renseignements et d’action) et participera activement aux combats de la libération de Marseille en août 1944. De nombreuses décorations lui seront décernées pour ses faits d’armes en tant qu’évadé et maquisard (Légion d’honneur, Croix de guerre, médaille de la Résistance, médaille des Evadés).


VALISE SOUVENIRS 3 crop

La valise aux souvenirs: béret de chasseur alpin, casquette d'ouvrier allemand, ceinturon, boussole démontable pour s'évader, grenades allemandes et pistolet des combats de rues à Marseille, bois sculpté de la 'Drôle de guerre', documents et insignes de l'armée républicaine espagnole, archives de l'AS, etc.


Piarres Hegitoa

A la Libération, fort de son expérience de la clandestinité, il entre comme Commissaire dans les services du contre-espionnage français, la DST, et en poste à Marseille, suivra de près l’affaire de l’Exodus 47 (2) qui défraya la chronique. Mais certaines méthodes le rebutent et il n’admet pas la trahison des idéaux la Résistance avec le maintien aux commandes de l’appareil d’Etat de tous «les collabos» et autres «Résistants de juin 1944», ainsi que le maintien au pouvoir du général Franco. Il intègre alors la police nationale et fera carrière dans plusieurs villes de l’Hexagone. Lors du putsh des généraux d’Alger, il fait état de sa fidélité au gouvernement légal et sera remercié personnellement par le Général de Gaulle.

Les convictions euskaltzale puis abertzale de Pierre Duny-Pétré naissent avec la création du mouvement Enbata. L’émergence de cette jeune génération et les premiers faits d’armes de la nouvelle résistance basque lui apparaissent profondément légitimes. Il a assisté depuis la fin des années cinquante à l’engloutissement du Pays Basque de son enfance qu’il ne reconnaît plus. Et l’épopée carliste, version romantique d’Augustin Chaho, qu’il découvre alors, l’enthousiasme. Il y retrouve « l’esprit de la Résistance » de sa jeunesse, le parfum violent d’une patrie basque à construire : Zumalakarregi et le curé Santa Cruz respirent si fortement « la vertu de l’action consommée, la parenté fulgurante de quelques hommes et ce baume de l’essor que rien n’altère »... D’autant que, par transmission orale, le souvenir des réfugiés de la deuxième guerre carliste est toujours vivant dans sa famille qui en accueillit quelques-uns.

Pierre Duny-Pétré se met alors à écrire des articles et de nombreuses poésies —en particulier des ballades— dispersées dans différentes publications basques telles que Gure Herria, Elgar, Herria, Eusko Gogoa, ou encore Principe de Viana, sous plusieurs pseudonymes, Piarres Hegitoa ou Garaziko Manex. Ami personnel du linguiste René Lafon et du bascologue tchèque Norbert Tauer, il devient membre correspondant de l’Académie de la langue basque, Euskaltzaindia et publie en 1959, une étude sur le mythe de Basa Jauna, le seigneur sauvage dans les légendes basques.


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La maison natale de Pierre Duny-Pétré, rue d'Espagne à Donibane Garazi (le jour du baptême de sa petite-fille, Maddalen). 

 

Vivement intéressé par les arts et traditions populaires, il collectionne des objets, témoins de la civilisation agro-pastorale basque dont il a connu les derniers feux avant la guerre, ainsi que des outils liés au travail de la forge et de la serrurerie ancienne.

 

Blâme du ministère de l’Intérieur

En avril 1972, moins de 48 heures avant son départ officiel à la retraite, P. Duny-Pétré défile à l’Aberri Eguna de Mauléon que le préfet vient d’interdire. Un de ses « collègues » des Renseignements généraux, le commissaire palois Gallais, dénonce sa présence. La République une et indivisible est ingrate et ne supportera pas qu’il affiche ses convictions abertzale. Quelques jours plus tard, il est convoqué au ministère de l’Intérieur par le Directeur général de la Police nationale qui lui inflige « un blâme avec inscription au dossier » pour avoir « assisté à une manifestation à caractère séparatiste », le tout assorti de menaces de suspension de ses indemnités de retraite. Son ami, l’historien Eugène Goyheneche commentera avec humour : « Vous avez là un certificat d’abertzalisme dûment signé du ministère français de l’Intérieur… Un document rarissime ! »

Malgré l’interdiction officielle, il continue d’envoyer à l’hebdomadaire Enbata des billets d’humeur au vitriol, signés sous le pseudonyme transparent de Jon Donipetry, où il fustige les pouvoirs en place.

Au milieu des années 80, Pierre Duny-Pétré publie son oeuvre majeure dans la prestigieuse revue dirigée par José Miguel de Barandiaran Anuario de Eusko folklore, un recueil de comptines, formulettes, proverbes et jeux pratiqués au début du XXe siècle par les enfants de Basse-Navarre et qu’il a patiemment collectés durant plusieurs décennies. L’ouvrage intitulé Xirula Mirula fera l’objet par la suite d’une édition à l’intention d’un plus large public.

Aujourd’hui, Pierre Duny-Pétré repose au cimetière de St-Jean-Pied-de-Port, dans le caveau qu’il avait lui-même conçu, parmi les charpentiers, serruriers, sabotiers et autres couturières et brodeuses de sa famille. Au centre de cette Basse-Navarre si chère à son coeur.

(1)   Il racontera en détail ses évasions dans un petit ouvrage autobiographique demeuré inédit : Quelques Basques dans la tourmente (1939-1945).

(2)   Le 10 juillet 1947, un paquebot appareille du port de Sète en direction de la Palestine. A son bord, 4400 juifs, survivants de l’Allemagne nazie. Pendant la traversée, les passagers nomment le navire et leur expédition Exodus 47, en souvenir du périple de Moïse vers Israël. Arrivés le 18 juillet, les passagers sont refoulés par les Britanniques qui administrent la Palestine. Le navire est reconduit sous escorte militaire jusqu’à Port-Bouc (près de Marseille) le 27 juillet, où les passagers refusent de débarquer. Le 7 septembre, les passagers récalcitrants sont débarqués de force et avec violence dans le port de Hambourg. De nombreux émigrants juifs de l’Exodus finiront par rejoindre clandestinement la terre d’Israël.

 

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La rue d'Espagne à Donibane Garazi au début du XXe siècle.

 

Ouvrages

+ Ahozko euskal literatura Garazin, ipuinak : http://ahozko-euskal-literatura.over-blog.com

+ Piarres Hegitoaren olerkiak: http://piarreshegitoarenolerkiak.over-blog.com

+ Basa jauna ou le Seigneur sauvage dans les légendes basques, Société de Sciences Lettres et Arts de Bayonne, 1960, n° 92, 93 et 94.

+ Xirula mirula, l’enfant basque à travers ses amusements, ses terreurs naïves, ses formulettes récréatives burlesques et superstitieuses, Eusko press éditeur, Bayonne, 1996, 206 p. et Revue + Anuario de Eusko folklore n° 34 de 1987 et n° 35 de 1988-1989. http://xirula-mirula-duny-petre.over-blog.fr

+ Quelques Basques dans la tourmente (1939-1945) : http://www.blog-gratuit.com/dunypetre

+ Colonel Pétré-ren bizitza : http://colonel.petre.resistance.marseille.over-blog.com

 

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Samedi 9 octobre 2010 6 09 /10 /Oct /2010 18:33

Etats de service

 de Pierre Duny-Pétré

Guerre de 1939-1945

 

Je soussigné, Duny-Pétré Pierre Adrien, né le 3 avril 1914 à Saint-Jean-Pied-de-Port (Basses-Pyrénées), demeurant 7 rue Puget à Marseille, déclare sur l’honneur avoir fait la guerre de 1939-40 avec le 81e Régiment d’Infanterie Alpine, formé à Montpellier (CM.162).

 

Etats de service 2

Page manuscrite du récit avec un dessin de l'insigne du 81e RIA.

 

Le 81e RIA faisait partie de la 31e DI avec le 96e RIA et le 15e RIA. Il était commandé au début de la guerre par le colonel Roux. Je fus affecté à la 1ere compagnie de fusiliers-voltigeurs dans le 1er bataillon commandé par le commandant Costes, en qualité de caporal-adjoint au 4e groupe de combat. Mon chef de section a toujours été le lieutenant Auréjac et mon commandant de compagnie fut, pendant les premiers mois de la guerre, le lieutenant Benoît.

J’ai participé à toutes les opérations auxquelles ce régiment a pris part :

            31 août 1939 : occupation de points stratégiques dans les Alpes, département des Hautes-Alpes. Attaque italienne.

            Octobre 1939 : secteur du Haut-Rhin. Organisation de la défense en vue d’une attaque allemande. Cne Deyjours.

            1er mars 1940 : relève du 15e BCA aux avant-postes dans le secteur de Bitche, au P. A2.

            20 avril 1940 : occupation de la ligne de résistance des A. P. dans le village de Haspelschiedt, où je suis chef des patrouilles qui assurent quotidiennement la liaison avec le PA 8 et le PA9.

            18 mai 1940 : défense du fond de la vallée de Haspelschiedt avec le 4e et le 5e groupe de fusiliers-voltigeurs, malgré la ruée allemande qui durait depuis le 12 mai.

            25 mai 1940 : relève des rescapés du 96e RIA dans les bois de Schorbach. Défense de la ligne de résistance, malgré les bombardements d’obus à gaz.

            29 mai 1940 : départ du 81e RIA relevé par le 49e RIA. Embarquement à Pfaffenhoffen. Le colonel Verdier prend le commandement du régiment. Le lieutenant Laffite succède au capitaine Deyfours à la tête de la 1ère compagnie.

            31 mai 1940 : débarquement à Savigny (Oise). Premiers contacts avec l’armée britannique, un régiment écossais, le Royal Scotch.

            4 juin 1940 : attaque en direction d’Abbeville. Mon bataillon opère aux abords des villages de Gerbault-Mesnil, d’Ercourt et de Behen, en liaison étroite avec les forces britanniques.

            5 juin 1940 : nous repoussons une violente contre-attaque allemande. Mais d’autres unités ont dû céder du terrain plus au sud, car le corps franco-britannique se trouve menacé d’encerclement par la droite, c’est-à-dire par le sud.

            7 et 8 juin 1940 : le 1er bataillon appuyé à une rivière, arrête la progression des troupes motorisées allemandes, permettant ainsi aux autres unités encerclées de se replier. Je suis légèrement blessé à la figure par des débris de terre projetés par les obus. Sans ravitaillement depuis le 6 juin, nous essayons d’arriver à Rouen coûte que coûte, avant l’épuisement complet de nos munitions. Malgré des combats d’arrière-garde et des étapes qui atteignent 70 km, les troupes motorisées ennemies nous gagnent de vitesse et l’armée franco-britannique est acculée à la mer.

            12 juin 1940 : vers 10 h du matin, après avoir tiré toutes ses munitions, brisé toutes ses armes et enterré ses fanions, le 1er bataillon du 81e RIA est fait prisonnier par des éléments blindés SS, en défendant l’accès du port de Saint-Valéry-en-Caux. Au cours des derniers engagements, le colonel Verdier tombe mortellement blessé, dans les ruines de Saint-Valéry.

 

Captivité et évasions

 

A partir du 12 juin 1940, nous sommes conduits à marches forcées depuis Saint-Valéry-en-Caux (Seine-inférieure) jusqu’à l’embouchure du Rhin en Hollande. Pendant deux jours, nous ne touchons pas de nourriture. Puis, la ration journalière est fixée à un quart de «café» et 6 biscuits anglais le matin, et à un quart de soupe le soir. Les étapes de 20 à 40 km se font le plus souvent sans pause. Les traînards sont impitoyablement abattus. 

 

 Etats de service 1

 Page manuscrite du récit.


Fin juin 1940 : première évasion en Belgique, au cours de l’étape Renaix-Ninove, avec mon camarade de groupe Delmas (le chargeur du FM). Echec : je suis ramené dans la colonne à grands coups de crosse et de baïonnette. Mon camarade a disparu. A Walsoorden, sur la côte hollandaise, nous sommes embarqués sur d’anciennes péniches à charbon qui remontent le Rhin.

Fin juin 1940 : première évasion en Belgique, au cours de l’étape Renaix-Ninove, avec mon camarade de groupe Delmas (le chargeur du FM). Echec : je suis ramené dans la colonne à grands coups de crosse et de baïonnette. Mon camarade a disparu. A Walsoorden, sur la côte hollandaise, nous sommes embarqués sur d’anciennes péniches à charbon qui remontent le Rhin.

Le 8 juillet, nous débarquons à Wesel en Allemagne. Nous allons au camp de Fullen près de Meppen.

Le 15 juillet 1940, je suis immatriculé au camp de Neu-Versen (Stalag VI B) sous le numéro 10966.

Jusqu’au 10 août, nous sommes parqués dans ce camp, sous-alimentés et dévorés par les poux.

Le 10 août, je suis envoyé en Kommando dans le port de Papenburg, sur la mer du Nord, embouchure de l’Ems. Je fais tour à tour partie d’une équipe de terrassiers qui creusent des bassins et des canaux pour l’agrandissement du port, d’une équipe de dockers, d’une équipe de casseurs de pierres sur les routes, etc. C’est le Kommando n° 10.

Ayant repris quelques forces pendant l’hiver, je prépare activement une évasion par la Hollande (stock de biscuits et de chocolat, sac volé dans un entrepôt, carte confectionnée grâce aux journaux que laissent trainer les Allemands, le tout dissimulé dans la double paroi de la baraque). Hiver 1940-41.

            Le 15 mai, je suis découvert. Ayant acheté un pantalon civil à un ouvrier hollandais pour 20 paquets de cigarettes, les Allemands ont surpris mon complice au moment où il me remettait le précieux vêtement. Il est arrêté. Quant à moi, je proteste si bien en faisant allusion au mauvais état de ma culotte militaire, que les Allemands se contentent de me donner un «avertissement». Mais je suis surveillé de près et toutes les nuits, les sentinelles ramassent les chaussures et les pantalons pour ne les rendre que le lendemain à leurs propriétaires. Le bruit court que nous allons changer de camp. Des Russes viendraient à notre place et nous irions vers le sud.

            Le 5 septembre 1941, départ du Kommando n° 10 pour le camp de Neu-Versen. Après un triage sommaire, les «fortes têtes» dont je suis sont expédiées vers les zones bombardées de la Rhénanie ou de la Rhur.

            Le 6 septembre 1941, arrivée à Cologne. Incorporation dans un bataillon de travailleurs, le VIe  bataillon de couvreurs (Dachd. Batl . VI. 2e Cie). Camps : salle de spectacle La Zülpicherstirne, puis l’école de la Klingeupütz). Nous opérons uniquement dans les grandes villes bombardées, la compagnie se déplace selon l’importance des dégâts.

Je travaille dans le quartier Ehrenfeld à réparer les maisons qui ont été endommagées par les bombes. Entrepreneur: Max Albert. Avec mon camarade de régiment Ignace Espel (habitant à Mèze dans l’Hérault), je prépare une autre évasion. Toutes les nuits, nous rapiéçons de vieux vêtements de travail dérobés sur le chantier. Nous accumulons nos provisions de route dans une bétonneuse désaffectée.

            Le 18 octobre, nous devons nous évader, quand brusquement, nous changeons de chantier. Nous allons travailler dans le quartier de Nippes qui vient de subir un gros bombardement. Notre évasion est manquée. Sur le chantier de Nippes, nous refaisons fébrilement de nouveaux stocks de vivres et de matériel (carte de la frontière dérobée dans les greniers des maisons, boussole confectionnée avec des morceaux de lames de rasoir aimantés, etc.). Il faut faire vite car l’hiver approche.

 

Boussole-demontee_crop.jpg

Boussole démontée afin de passer inaperçue à la fouille.         

 

Le 19 novembre 1941, nous réussissons à tromper la vigilance de nos gardiens, habillés en civil comme des ouvriers allemands, emportant nos provisions dans un ancien sac de chaux. Mon plan est de gagner un village voisin où passe la grande ligne de chemin de fer qui descend vers le sud ou vers l’ouest. Ce village s’appelle Liblar. C’est là qu’il va falloir prendre un train de marchandise en marche, en profitant de la nuit noire. Après bien des marches et de fatigue à travers un pays inconnu, n’ayant que ma boussole et une mauvaise carte, nous réalisons la première partie de notre «programme». Malheureusement, traqués par les «jeunesses hitlériennes», à demi-morts de froid, nous sommes arrêtés à la frontière germano-luxembourgeoise aux environs de Karthaus le 24 novembre.

            Le 25 novembre 1941, nous sommes conduits au camp de Trèves (Stalag XII. D.). Quinze jours de cellule et incorporation au Stra. Co. (compagnie disciplinaire). J’ai le pied gauche gelé et les visites à l’infirmerie m’évitent souvent des corvées. Le froid devient terrible et nous fait abandonner toute idée d’évasion.

            Le 11 décembre 1941, la Compagnie disciplinaire s’embarque pur Limbourg (stalag XII. A.). Nous sommes plus de 300 disciplinaires. Malgré le froid de plus en plus vif, nous projetons une nouvelle évasion. Un troisième camarade, Jeandel, un Vosgien, se joint à moi. Un soir, nous pillons le magasin d’habillement des Allemands et nous emportons des couvertures, toiles de tente, chaussures, etc. Un autre soir, les barbelés sont coupés et remis en place, comme s’ils tenaient. Notre plan consiste à prendre le train qui passe à 500 mètres du camp. Il passe tous les soirs à 9 h et ralentit à un aiguillage. Il va directement à Nancy et franchit la frontière vers 6 h du matin.

Malheureusement, vers le 20 janvier 1942, nous nous réveillons un matin dans un pays entièrement couvert de neige. L’évasion est encore manquée pour cette fois, d’autant plus que les Allemands ont eu vent de quelque chose: ils confisquent les souliers de tous les prisonniers de la compagnie disciplinaire et nous donnent en échange des sabots sans talons, de simples semelles, la rarion de biscuits est réduite de moitié, afin que nous ne puissions pas faire de stock.

            Le 19 février 1942, nous quittons le camp de Limbourg pour être conduits au Stalag VI.G près de Bonn (village de Duisdorf, camp sur la hauteur de Hardthöhe). La fouille est très sévère et nous perdons une bonne partie de notre matériel de campement, vêtements chauds, etc.

Malgré la neige et le froid intense, je prépare encore une nouvelle évasion. Deux soldats serbes se joignent à nous et me procurent une paire de tenailles. Ils sont prêts à exécuter tout ce que je leur commanderai. Nous faisons un stock de pommes de terre cuites. Avec Ignace Espel, je parviens à dérober quelques lainages dans le magasin d’habillement. Un matin, ayant aperçu un camion plein de chaussures usagées qui stationnait dans la cour, nous réussissons à nous glisser parmi les hommes qui déchargent le matériel et nous volons chacun une excellente paire de souliers allemands.

Le 4 mars 1942, la S. Kompanie est embarquée pour un autre camp disciplinaire: nos plans sont à nouveau déjoués. Mais nous avons récupéré du matériel qui nous servira plus tard. Nous sommes transférés à Krefeld, au stalag VI. J. C’est le dégel. La température s’adoucit, aussi passons-nous en revue toutes les possibilités d’évasion que présente le camp. Je dérobe une scie à métaux qui vient grossir mon matériel de guerre.

 

Scie et étui
Scie à métaux et son étui en vue de l'évasion.

 

Le 12 mars 1942, je suis ramené au Bataillon de Cologne avec mon  camarade Ignace Espel. Nous subissons un interrogatoire individuel et serré. Mais nous avons fort heureusement préparé nos réponses à l’avance. Nous sommes encore condamnés à 20 jours de cellule. Pour le moment, nous reprenons notre travail car les prisons sont pleines: nous allons essayer de nous évader avant qu’elles ne se vident…

Le 16 mars 1942, je suis embauché par un couvreur qui travaille au bord du Rhin, dans les vieux quartiers. Dans un grenier de Mûhlengrasse, je découvre de vieux vêtements usagés. Profitant de quelques secondes d’inattention, je m’en habille avec mes effets militaires par-dessus et le soir, je les cache dans la cave du camp, sous un tas de vieux meubles cassés et abandonnés. Malheureusement, ma cachette est découverte par les sentinelles du camp. Il me faut cependant retrouver d’urgence des vêtements car les beaux jours reviennent.

Au mois de mai, je travaille dans le quartier de Sülz, pour le compte de M. Küste, le couvreur de la Gurtat. Str. Un matin, du haut de la gouttière où je circulais, j’aperçois un paquet de vieux vêtements abandonnés dans la cour d’un garage démoli. Un moment après, je laisse tomber un marteau, —non loin du tas de vêtements— et je demande la permission d’aller le ramasser. Je ramasse par la même occasion un bon paletot et un pantalon rapiécé mais solide. En quelques secondes, le tout était sur moi, dissimulé par ma tenue militaire.

Vers la fin mai 1942, cinq prisonniers adhèrent à mon plan d’évasion : Ignace Espel, Bordagi, Vigneron, Duprat et Mir. Seuls les trois derniers pourront me suivre. Après une série d’échecs où nos rendez-vous en ville sont manqués, une excellente occasion se présente après le terrible bombardement de la nuit du 30 au 31 mai 1942. Je travaille en effet dans le Grand Hôpital et mon patron a l’imprudence de me dire que les réparations dureront au moins 15 jours. Dès lors, je transporte chaque jour une partie de mes vivres et de mon matériel dans les greniers obscurs de l’hôpital. Le 11 juin, j’ai fixé à mes camarades un rendez-vous général pour le lendemain, dans les jardins de la banlieue sud-ouest de Cologne.

  Carte manuscrite Cologne et région

  Carte manuscrite de Cologne et la région frontalière, réalisée par l'auteur en vue de son évasion.


Enfin le 12 juin, vers 10 h du matin, anniversaire du jour où je tombais entre les mains de l’ennemi, je parviens à retrouver trois de mes camarades au rendez-vous fixé la veille. Tout se déroule rigoureusement selon le plan établi. Nous passons par Liblar où nous prenons un train de charbon. Nous roulons toute la nuit vers le sud. Au petit jour, nous sommes toujours en Allemagne. Le convoi se dirige vers Mons en Belgique, mais nous devons descendre car les wagons sont découverts et nous ne pouvons pas nous y dissimuler complètement.

Le 14 juin au matin, profitant d’un virage où le convoi ralentit, nous sautons dans les fossés qui bordent la voie et nous prenons la direction de l’ouest, longeant les champs et les bois par une marche à la boussole. Nous sommes dans les Ardennes, à peu près en face de Saint Vith. Vers 3h de l’après-midi, nous traversons la ligne Siegfried.

Le 15 juin, après une journée de marche sous la pluie, traqués par les douaniers et les sentinelles, nous arrivons en Belgique. Vers minuit, nous atteignons le hameau de Vielsalm.

Le 16 juin, nous prenons le train de Grand-Malleux à Liège, puis de Liège à Paris et enfin de Paris à Bordeaux. Depuis la Belgique jusqu’en France, nous avons trouvé une aide bienveillante auprès des cheminots.

Le 17 juin, nous arrivons à Bordeaux dans la matinée. Vers midi, nous descendons à Bayonne. Enfin à 9 h du soir, nous atteignons Saint-Jean-Pied-de-Port (B.-P.).

Le 18 juin, après une nuit de repos, nous passons en ZNO et nous nous séparons, chacun  regagnant son foyer.

Le 17 juillet 1942, après un mois de repos dans les Basses-Pyrénées, je suis démobilisé à Bourg-en-Bresse.

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Samedi 9 octobre 2010 6 09 /10 /Oct /2010 18:33

Résistance 1942-1944

 

Marseille, le 10 octobre 1944.

Je soussigné Duny-Pétré Pierre Adrien, né le 3 avril 1914 à Saint-Jean-Pied-de-Port (B.-P.), déclare sur l’honneur être entré dans la Résistance en 1942, dès mon évasion d’Allemagne où j’étais en captivité.

 

Etats de service 3
 Page manuscrite du récit de Pierre Duny-Pétré


Démobilisé le 17 juillet 1942 à Bourg-en-Bresse, je me suis rendu à Marseille chez mon oncle Jean Pétré, capitaine de réserve et président de l’Amicale régimentaire du 141e RIA. Je suis en effet séparé de mes parents depuis 7 ans, car mon père, fonctionnaire colonial à Brazzaville, a préféré rester en exil, plutôt que de rentrer en France, sous un régime pro-allemand.

Dès mon retour à la vie civile, j’ai collaboré avec mon oncle dans la mise sur pied d’un bataillon de choc constitué avec les anciens Alpins du 141e RIA habitant Marseille ou la région. Car avant l’invasion de la ZNO, nous avions à notre disposition tout l’armement et tout l’équipement nécessaires. La liste nominative des hommes de ce bataillon dont je fais partie a été déposée par mes soins en septembre 1944 au bureau de la Sécurité militaire, 425 rue Paradis (ancien local de la Gestapo).

D’autre part, je suis entré en novembre 1942 dans les Contrôles techniques où j’étais admirablement bien placé pour fournir au SR de précieux renseignements sur l’activité ennemie. Sous le nom de «Myrtille», j’étais en relation avec M. Louis Preyre, alias «Markoff», lequel était en liaison avec «Mistral».

Pendant deux ans, j’ai non seulement intercepté de mon mieux la correspondance des Miliciens ou des Allemands (saisie de lettres de dénonciation, de documents relatant les mouvements de troupes ennemies, etc.), mais encore, contrôlant parfois le courrier des travailleurs français d’Allemagne, j’ai pu fournir d’excellents renseignements à la RAF sur les emplacements des grandes usine de matériel de guerre (camouflage de stocks, déménagements des usines, etc.).

Cependant, avec l’aide de Louis Preyre, en dehors de mon activité clandestine proprement dite, je menais dans le bureau une activité de propagande anti-Boches et par conséquent anti-Vichyste. Toutes nos conversations étaient insidieusement gaullistes. Finalement, on peut dire sans exagérer que pas un contrôleur de la Commission n’eut osé s’opposer délibérément aux progrès croissants de la Résistance (soit en arrêtant des tracts ou des journaux clandestins, soit en dénonçant l’action des Patriotes assez maladroits pour confier leur projet à une lettre. Bref, notre travail de «noyautage» porta si bien ses fruits que —nous l’avons su par la suite— la Commission de contrôle de Marseille était dénommée à Vichy la «Commission gaulliste» !

De plus, je n’ai pas omis de transmettre au SR tout ce que j’avais pu noter en Allemagne en deux ans de captivité. Notamment le plan détaillé des ouvrages de la ligne Siegfried que j’ai traversé à pied de Prüm à Saint-Witch, au cours d’une de mes évasions, là où se déroule actuellement l’offensive alliée.

  Relevé de ligne Siegfried 2
Un des relevés de la ligne Siegfried traversée à pied lors de l'évasion.

 

Août 1942, j’entre dans l’AS, 5e régiment, aux côtés de mon oncle. Il est connu sous le nom de «Chardon» puis de «Roland». Il commande avec «Maurel» le 1er Bureau du groupe Memphis. Je sers le plus souvent d’agent de liaison et pendant la nuit, je répands dans toute la ville des journaux clandestins tels que «Combat».

En outre, dès le mois de mars 1943, en relation avec Jean Bicheron (capitaine du groupe de La-Font-de-l’Orme, commandant les FFI de Cavaillon), et quelques jeunes filles du NAP et du ROP, j’aide mon oncle dans la constitution des premiers Maquis, on les appelait alors des «Commandos». Nous recrutons activement parmi les jeunes gens atteints par le STO. Ces derniers, en attendant d’être dirigés sur Pertuis ou sur Digne, sont hébergés à mon domicile 7 rue Puget, quelquefois pendant plus de 10 jours, lorsque le «passage» est impraticable. Chaque semaine, j’accompagne quelques futurs «maquisards» qui s’embarquent par le tram d’Aix ou directement à la gare Saint-Charles, par la ligne des Alpes.

Enfin, avec l’aide de Duprat, connu sous le nom de «Miage», nous organisons des terrains de parachutage, notamment au sud de Digne, parmi les villages abandonnés des Dourbes.

Malheureusement, le 4 juillet 1943, je suis arrêté avec mon oncle par la Gestapo, au moment où nous nous rendions au siège de l’Amicale régimentaire du 141e RIA, 16 rue Frédéric Chevillon. Toutefois, pendant que la police allemande emmenait un autre patriote avec qui nous avions rendez-vous, je parviens à m’évader momentanément pour me rendre à l’appartement de la rue Puget, quelques minutes avant l’inévitable perquisition. Mais ce court laps de temps me suffit pour camoufler trois révolvers et mettre en lieu sûr les documents qui concernent l’AS et le bataillon du 141e RIA. La perquisition ne révèle absolument rien contre nous.

Au cours de mon interrogatoire, j’apprends que nous avons été «vendus» par «Miage», c’est-à-dire Duprat (professeur libre à Marseille de français-latin), celui qui faisait la liaison avec les maquis du Lubéron et des basses-Alpes. Il aurait été arrêté deux jours avant nous. Par une chance inouïe, je suis relâché. Les Allemands ne savent presque rien et avaient juste l’ordre d’arrêter mon oncle.

Jean Pétré, après avoir été interné à la prison Saint-Pierre de Marseille, à Fresnes et à Compiègne, se trouve actuellement en Allemagne, au camp de concentration de Buchenwald, près de Weimar.

A la suite de cette arrestation, je fus surveillé pendant plusieurs mois par les espions de la Gestapo. J’avertis les membres de la Résistance que nous connaissions de ne plus venir désormais au 7 rue Puget. Petit à petit, à la suite d’autres arrestations, je finis par perdre tout contact avec l’AS (mars-avril 1944).

 

Libération mars 1944
Edition clandestine de Libération de mars 1944 diffusée par Pierre Duny-Pétré

 

Il me restait toujours mon activité dans le SR (réseau Brick-Phratrie dépendant du BCRA), lorsque je fis la connaissance de Freyburger qui devait me faire adhérer au MUR pour commander une «trentaine». Cela se passait au début d’août 1944. Malheureusement, les évènements se précipitèrent: Freyburger échappait de justesse à la Gestapo et prenait le maquis.

Puis vint le débarquement de Saint-Tropez et l’insurrection de Marseille. Dés le dimanche 20 août, encore isolé, je me joins à des bandes armées qui du cours Lieutaud à la rue de Rome, tentent d’intercepter les convois motorisés allemands. Armé d’un 6,35 mm, caché dans les couloirs des maisons ou derrière les platanes, je tire sur les autos allemandes, cherchant à atteindre le chauffeur, le moteur ou les pneus.

Le lundi 21 août, nous arrêtons un gros camion de munitions sur le cours Lieutaud. Nous le déchargeons et nous camouflons les caisses de munitions dans les couloirs. Puis, armés d’une quantité considérable de grenades, nous faisons descendre le camion jusqu’à la rue de Rome afin de renforcer une barricade.

 

GRENADES ALLLEMANDES crop  

Deux grenades du stock saisi à l'armée allemande cours Lieutaud à Marseille en août 1944.

 

Cependant, au coin du boulevard Salvator et de la rue de Rome, une bande de francs-tireurs s’organise sous la direction des Milices Patriotiques. Le camarade Jean Martelli prend le commandement et nous formons dès lors le «groupe Salvator» qui comprend une trentaine d’hommes. Nous dressons rapidement une barricade et la «chasse au Boche continue».

Pendant la semaine du 21 au 27 août, nous interceptons nuit et jour tous les convois motorisés allemands qui tentent d’encercler la Préfecture, faisant des feux de salve sur les moteurs et abattant impitoyablement les Boches qui ne se rendent pas. Souvent, ces derniers se réfugient dans les maisons voisines et la bataille prend alors l’aspect d’un siège, comme cela se produisit à Castellane et au boulevard du Muy.

Nous récupérons chaque jour les armes et les munitions abandonnées par l’ennemi et les prisonniers sont enfermés à la Préfecture.

Trois autres convois sont immobilisés par nos balles et nos grenades. Les autos pleines de cadavres et de blessés allemands s’entassent dans la cour de la Préfecture. L’un des convois comprend un canon anti-char en excellent état.

Pour ma part, je fais d’abord partie d’une «équipe» qui lance des grenades du haut du balcon de l’immeuble face au Monument. Ensuite, ayant récupéré un fusil, je descends prendre un nouveau poste près de la barricade.

 

Rassemblement 12e brigade 

Feuillet manuscrit pour le rassemblement de la 12è brigade, intervenant dans les combats de rue à Marseille en août 1944.

 

Grâce à l’excellent commandement de Martelli qui a fixé à chacun son poste de combat, nous ne subissons que des pertes légères, trois blessés dont un grièvement.

Dès la fin de la semaine, les Allemands ne s’aventurent plus au centre de la ville et semblent avoir renoncé à leurs coups de main contre la Préfecture.

Dès mercredi, un premier détachement de tirailleurs marocains fait son entrée par la rue de Rome.

Notre mission est donc terminée. Le samedi 26 août, le «groupe Salvator» est dissous et chacun regagne son quartier. En ce qui me concerne, je suis enrôlé dans les FTPF de la place Notre Dame du Mont comme «adjoint» au chef de la 12e brigade.

Enfin, à la suite de la dissolution des FTPF, j’adhère à la MP de la section Paul Cézanne au 2e secteur.

Pierre Duny-Pétré

 MP : A. 6695

 

Sac nazi verso SAC-NAZI-RECTO.jpg

 

Sac en grosse toile de l'armée allemande saisi dans un camion durant les combats de rue à Marseille, en août 1944

H.Vpfl veut dire Heersverpflegung, sac servant à l'approvisionnement de l'armée de terre

 

Insurrection Marseille Bd Salvator 

Photo parue dans la publication "Combattre, l'insurrection de Marseille", hebdomadaire illustré des amis des FTPF, numéro spécial de 1945.

 

Carte 3-10-1944 combats Marseille recto

 Première carte de Pierre Duny-Pétré envoyée à son oncle et à sa tante Haritschelhar à Bayonne: "Si vous aviez vu cette bagarre autour de la préfecture! Une vraie chasse au lapin. Pour mon humble part, je m'en suis payé trois. J'ai commencé avec un petit 6,35 et je suis revenu avec un bon fusil, des munitions et des grenades... Bref, j'ai un arsenal de souvenirs..."

 

INSIGNES NAZI+BRASSARD FFI crop

 

Le brassard de FFI de Pierre Duny-Pétré sur un ensemble de croix et d'insignes nazis pris à des soldats allemands durant les combats insurrectionnels de Marseille en août 1944.

 

 Testament P. Duny-Pétré 1

Testament P. Duny-Pétré 2

Le "testament" de Pierre Duny-Pétré avant la libération de Marseille.

 

Marseille combat rue Paradis août 1944

Marseille août 1944, combat rue Paradis

Par pierredunypetre.over-blog.com
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Samedi 9 octobre 2010 6 09 /10 /Oct /2010 18:33

Quelques Basques


dans la tourmente


(1939-1945)

 

Par Pierre Duny-Pétré

Hegitoa, quartier Eyheraberry, 4 chemin d’Olhonce

64220 Saint-Jean-Pied-de-Port

Tél : 05 59 37 04 91

 

1- P. Duny-Pétré Cologne 1941

      Pierre Duny-Pétré, prisonnier de guerre en  septembre 1941

Stra. Co, Bat. VI, stube 5

 

Table des matières

 

Première partie : Prisonnier de guerre dans les villes bombardées (1941-1942)

Chapitre I. De la «drôle de guerre» à la captivité

Chapitre II. Des amis dans une ville ennemie

Chapitre III. Les «feux d’artifice»

Chapitre IV. La vie quotidienne dans le massacre

Chapitre V. Les rires aussi en plein drame

Chapitre VI. La victoire de l’humain sur le barbare

 

Deuxième partie : La sixième et dernière évasion de «Peter» depuis Cologne (Kôln-Am-Rhein) le 12 juin 1942

Chapitre I. Les préparatifs

Chapitre II. Pour sortir de Cologne

Chapitre III. Une nuit sur la grande route

Chapitre IV. Le train de charbon de Liblar

Chapitre V. L’immense forêt des Ardennes

Chapitre VI. La pluie diluvienne sous les sapins

Chapitre VII. La ligne Siegfried

Chapitre VIII. Sur la frontière belge

Chapitre IX. Vielsalm et l’accueil des Belges

Chapitre X. Liège et le train pour Paris

Chapitre XI. Le contrôle de Maubeuge

Chapitre XII. De Paris à Bordeaux

Chapitre XIII. De Bayonne à Saint-Jean-Pied-de-Port

Annexe. Mes pieds gelés

 

Troisième partie : Arrestation par la Gestapo de Marseille du colonel Jean Pétré, chef régional de l’Armée Secrète, le 4 juillet 1943

Chapitre I. De 1940 à 1943 ou l’effondrement de l’Armée Secrète

Chapitre II. La Gestapo dans ses œuvres : un rendez-vous fatal

Chapitre III. La descente de la Gestapo au n° 16 de la rue Frédéric Chevillon

Chapitre IV. Evasion, mais retour volontaire dans la gueule du loup

Chapitre V. Seul dans l’appartement avec la Gestapo

Chapitre VI. La prison Saint-Pierre, la centrale de Fresnes, le camp de Buchenwald

Chapitre VII. Le séjour du colonel Pétré en Allemagne

Chapitre VIII. Le colonel Simon, les combats de rue à Marseille

Chapitre IX. Le retour du colonel Pétré

 

Première partie

 

Prisonnier de guerre

 

dans les villes bombardées

 

(1941-1942)

 

Miseris succurere disco

(Virgile Enéide, liv. 1)

 

Chapitre I. De la «drôle de guerre» à la captivité

 

Au 81e Régiment d’Infanterie Alpine, en guerre depuis l’été 1939, les plus belles années de notre vie s’écoulaient non seulement dans la fatigue des marches continuelles, mais nous étions en outre quotidiennement exposés à la mort. La presse française appelait cela une «drôle de guerre»! Sans doute parce qu’elle ne ressemblait pas à la précédente. Nos journalistes, bien à l’abri dans leurs bureaux parisiens, trouvaient peut-être que nous ne crevions pas assez vite… Comprenne qui pourra. Il est vrai que les communiqués militaires étaient alors d’un laconisme qui nous scandalisait. Je me rappelle du jour où notre compagnie avait perdu trois camarades, tués sur la frontière allemande. Le lendemain, l’Etat-major annonçait froidement : «Journée calme sur le front»!

Et pour finir cette aventure en beauté, nous avons subi la rude bataille de la Somme, toujours à pied avec nos équipements de montagne, en ayant devant nous une multitude de chars légers allemands qui faisaient une moyenne de 40 km/heure tous terrains. Ensuite ce fut l’épreuve de la captivité, celle que les futurs évadés ne purent accepter et qui commença par des marches forcées, depuis la Seine Maritime, jusqu’à l’embouchure du Rhin en Hollande.

 

Message de juillet 1940 sur Pierre Duny-Pétré

Message reçu à Bayonne de la part de Pierre Duny-Pétré, transmis à sa famille par des inconnus, alors que, prisonnier de guerre, il remontait à marches forcées vers l'Allemagne.

 

Peut-on oublier les mauvais traitements, les représailles, les Compagnies disciplinaires, les semaines passées en cellule? Peut-on oublier la faim, le froid, l’épuisement dans des travaux de bagnard, les camarades tués en s’évadant? Non, mille fois non. Mais, même si les «chleuhs» (1) m’en ont fait «baver» plus souvent qu’à mon tour, je ne veux pas oublier mes contacts personnels avec la population civile allemande. Celle qui, dans les grandes villes subissait la guerre sous les bombardements.

Peut-être ne suis-je qu’un cas particulier parmi les prisonniers de guerre, du fait que j’eus le tragique «privilège» d’être incorporé dans un Bataillon de travailleurs. C’était une formation itinérante, dont les Compagnies allaient effectuer périodiquement des travaux de déblaiement dans les cités les plus sinistrées du Grand Reich : Hambourg, Brème, Essen, Krefeld, Düsseldorf et surtout Cologne qui, à la fin de la guerre, totalisa plus de cent mille tués.

Dans les pages qui vont suivre, c’est surtout la Rhénanie et plus précisément la ville de Cologne que je voudrais évoquer. J’y fus envoyé d’abord au printemps de 1941, et par la suite après une évasion manquée, en sortant amaigri et faible, d’une «Staf-Co» ou compagnie disciplinaire. En toute objectivité, ne serait-ce que par contraste avec ma situation antérieure, ce fut pour moi un ravissement. La cité qui comptait alors plus de 600.000 habitants, était magnifique, reluisante de propreté, avec au centre ses vieilles rues pittoresques qui descendaient vers le Rhin.

C’est là qu’un beau matin, en allant au travail, je fis l’étonnante découverte d’une ruelle dont l’ancien nom n’avait jamais été effacé et qui portait, gravé dans la pierre d’une maison d’angle, l’inscription suivante : «Rue des Poteaux». Sans doute s’agissait-il d’une rue qui avait été habitée autrefois par des émigrés français.

La ville était dominée de très haut par la gigantesque cathédrale gothique, la plus grande du monde chrétien moyenâgeux. Depuis le noyau ancien qui l’entourait, s’étendaient concentriquement vers le sud-ouest les quartiers neufs, avec leurs larges artères bien aérées, au milieu de la verdure et des fleurs. Beaucoup d’Allemands parlaient le français et semblaient heureux de s’adresser dans cette langue aux prisonniers qui travaillaient autour d’eux. Pour un candidat à l’évasion, n’était-ce pas un avant-goût du pays ? Il y avait enfin de la sympathie dans l’air, on se sentait redevenir un être humain. Notre «camp» était situé en plein centre de Cologne, dans une vaste école désaffectée dont les salles de classe constituaient les dortoirs. Les bataillonnaires y dormaient sur des couchettes de bois, recouvertes de paillasses et étagées depuis le plancher jusqu’au plafond. Ces locaux étaient éclairés par d’immenses fenêtres vitrées qui s’ouvraient sur la rue.

 

Chapitre II. Des amis dans la ville ennemie

 

Dès les premiers jours, dans un chantier de maçonnerie, un grand diable d’ouvrier allemand se montrait particulièrement aimable avec moi. Il avait l’air, ma foi, fort distingué et cultivé. Dès que la sentinelle s‘éloignait un peu, il me faisait ses confidences dans un sabir franco-germanique qui nous tenait lieu d’Espéranto. C’est ainsi qu’il m’apprit que la ville de Cologne n’avait jamais pu être complètement «nazifiée» par les Hitlériens et que les Démocrates y étaient restés très nombreux malgré la propagande, la répression ou la terreur. Lui-même, après avoir passé plusieurs années dans un camp de concentration, se trouvait aujourd’hui en liberté surveillée, à charge d’aller se faire contrôler périodiquement dans un service de police. Je vous laisse deviner le choc psychologique que j’éprouvais alors devant un personnage de ce genre, portant déjà la quarantaine et ayant les tempes grisonnantes.

J’avais cru d’abord qu’il s’agissait d’une sorte d’agent provocateur de la Gestapo. Mais par la suite, la sympathie qu’il me témoignait s’avéra évident et sincère. Il considérait que j’étais comme lui une victime des Hitlériens. Cela me fit l’effet d’une douche froide. Il y avait donc ici, en pleine guerre, des Allemands «antinazis» qui osaient proclamer ouvertement leurs opinions politiques devant des prisonniers français, avec tous les risques que cela suppose. Je me rappelle notamment une remarque qu’il me fit, lorsque je lui appris que je ne cachais pas ma sympathie pour l’URSS, du fait qu’elle se battait contre l’armée allemande. Il se mit à rire et me déclara aussitôt dans son sabir : «Hitler, Staline : égal, égal!» Car il ne se faisait pas d’illusion, le malheureux, sur la suite probable des événements et j’ai compris beaucoup plus tard qu’il avait eu déjà raison.

 

P.-Duny-Petre--Espel-Cologne-1941-copie-1.jpg

Un groupe de prisonniers de guerre à Cologne en 1941. A gauche, Pierre Duny-Pétré, à ses côté son ami Ignace Espel.


Par la suite, je passais plusieurs semaines sur un autre chantier de gros travaux. Nous étions là, quatre prisonniers français. Vu la distance à parcourir, nous circulions en tramway, escortés par une sentinelle. Relégués dans un coin de la plate-forme, sous le regard vigilant du gardien, nous n’avions apparemment aucun contact avec les autres voyageurs. Mais tous les soirs vers 18 heures, alors que nous rentrions du travail, un Allemand d’une cinquantaine d’années, élégamment vêtu, montait dans notre wagon, toujours à la même station. Aussitôt, il engageait la conversation avec notre sentinelle, tout en se plaçant entre nous et le militaire. Il avait alors les mains derrière le dos et nous « refilait » ainsi plusieurs paquets de cigarettes sans être remarqué. La distribution terminée, il descendait chaque fois au même endroit et, tandis que le tramway s’éloignait, on apercevait sur le trottoir ce brave homme qui nous suivait des yeux, en nous saluant de la main avec un sourire complice. Il se passait ensuite la main dans les cheveux, afin de justifier son geste… Il fallait le faire ! D’autant plus que le tabac était rare et qu’on en trouvait en abondance qu’au marché noir.

Nouveaux bombardements, nouveaux chantiers. Manœuvre-maçon au pied des maisons éventrées ou partiellement démolies par les bombes, j’étais souvent chargé de préparer le mortier sur un coin du trottoir. La sentinelle, fatiguée de faire les cent pas dans la rue, finissait toujours par trouver un badaud afin de bavarder sur les derniers événements de la semaine. Mais pendant que j’étais absorbé par mon travail, il y avait des voisins qui guettaient mon gardien depuis le haut de leurs fenêtres. Ils attendaient avec patience qu’il ait le dos tourné! C’est alors que les habitants de ces étages supérieurs me soumettaient à un «bombardement» tout à fait inédit: des petits paquets contenant soit de délicieux sandwiches, soit des fruits, du tabac, etc. Parfois, une fillette qui passait dans la rue en traînant un cabas plus gros qu’elle, s’approchait de moi jusqu’à me frôler et «perdait», avec le sourire, quelques friandises près de mes sacs en ciment. Parfois les persiennes d’un rez-de-chaussée s’ouvraient doucement et j’entendais alors : «Pst, Peter!» C’était une grosse ménagère toute réjouie qui connaissait déjà mon prénom, et qui me tendait un morceau de gâteau que j’enfouissais furtivement dans mon blouson. Je ne demandais rien cependant, car je n’espérais que la liberté. Mais quel soutien moral que le spectacle extraordinaire de cette véritable conspiration spontanée parmi tous ces gens du peuple qui refusaient la haine ! 

Devenu couvreur, autant par vocation que par nécessité vu la fréquence des bombardements, je travaillais un matin sur une toiture criblée de morceaux de fonte, les obus de la DCA (Défense contre avions) ayant copieusement arrosé tout le quartier de leurs éclats qui retombaient en pluie. J’étais avec un camarade d’évasion, ancien du 81e Régiment d’infanterie alpine comme moi. On se trouvait là, en altitude, perdus dans un océan de toits plus ou moins défoncés, loin des sentinelles bottées et casquées, qui ne se sentaient guère de disposition pour jouer avec nous les chats de gouttière au bord des corniches vertigineuses.

Nous devions, en première urgence, démonter une grande verrière afin d’en réparer les carreaux endommagés. Après bien des efforts, nous arrivions à en desceller le cadre métallique pour le déposer sur une terrasse. Au-dessous de ce « couvercle » que nous venions de soulever le plus délicatement possible, se trouvait une cuisine, modeste certes, mais fort bien rangée où s’affairait une jeune femme avec son bébé. Alors que nous nous penchions au-dessus de l’ouverture en nous excusant d’avoir fait quelques dégâts, la dame du logis, sans dire un mot, s’emparait d’un plateau contenant deux bols de café au lait bien chaud, avec une pile de tartines beurrées. Ensuite, elle montait sur un escabeau et, par le trou béant, nous présentait à bout de bras, notre «petit-déjeuner». Je revois encore la scène comme dans un rêve ! Pas de témoins gênants autour de nous, nous avions complètement oublié notre misère, tandis que la maman, toute souriante, babillait gaiement avec son enfant, ravie du plaisir qu’elle nous faisait et heureuse de notre présence.

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